Sous le régime britannique,
le peuple francophone de la vallée du Saint-Laurent
ne disparaît pas comme le souhaiterait bien le
gouvernement anglais. Les Québécois d'aujourd'hui
en sont la preuve vivante.
Pourtant notre société a bien changé depuis cette
époque. Les anciens Canadiens vivaient dans une
société très religieuse où les prêtres catholiques
faisaient figure de princes.
Ruraux pour la plupart, ayant un sens aigu de
l'entraide et de la fête, nos ancêtres possédaient
de nombreuses traditions et coutumes dont certaines
ont presque totalement disparu aujourd'hui suite
à l'exode vers les grandes villes. D'autres existent
encore et demeurent très populaires.
Pour affronter le froid,
nos ancêtres s'étaient dotés de vêtements très
chauds qu'on ne retrouvait nulle part ailleurs
dans le monde. Le vêtement principal était le
manteau (ou "capot") très long qui protégeait
des pires bourrasques. Ce type de manteau devait
son nom au capuchon dont il était muni et qui
protégeait la tête.
Le capot était fabriqué avec de la laine et du
lin, un matériau communément appelé "étoffe du
pays" (pour le différencier des importations).
Les femmes confectionnaient cette étoffe durable
pendant les mois d'hiver. Le capot se portait
avec un foulard qu'on appelait "crémone" pour
les hommes et "nuage" pour les femmes. Un autre
type d'écharpe se portait à la ceinture et servait
à tenir le capot bien fermé et à ajouter de la
couleur à tout ça, il s'agit bien sûr de la ceinture
fléchée.
Les ancêtres portaient également de gros bonnets
de laine sur la tête qu'on appelle encore aujourd'hui
des tuques et des mitaines de laine inspirées
d'une invention amérindienne.
Pour se protéger les pieds, la plupart des habitants
portaient des mocassins ou "bottes indiennes"
faites de cuir d'orignal, ou encore des chaussures
à semelles importées qu'on avait baptisé "bottines
françaises".
La récolte de la sève d'érable
pour en faire du sirop et du sucre est sûrement
l'une des plus anciennes traditions de notre pays.
Cette pratique, apprise des Amérindiens puis perfectionnée
par nos ancêtres, se répète encore à tous les
printemps, au "temps des sucres".
Un voyageur français écrivit en 1704 que "la
sève admirable des érables est telle qu'il n'y
a point de limonade, d'eau de cerise qui ait si
bon goût, ni breuvage au monde qui soit plus salutaire."
C'est aux mois de mars et d'avril qu'on procède
à la récolte. Originalement, chaque tronc devait
être percé manuellement à l'aide d'une vrille
(ou "tord-vis"), puis on y introduisait un chalumeau
sous lequel on installait un seau. Puisque dans
une seule journée, un arbre pouvait remplir jusqu'à
25 seaux et qu'une érablière moyenne pouvait compter
environ 400 arbres producteurs, les travailleurs
devaient travailler sans relâche et même dormir
sur place.
La cueillette s'effectuait à l'aide d'un traîneau
surmonté d'un grand tonneau de bois. On fait ensuite
bouillir la sève pour en faire d'abord du sirop,
puis de la tire et finalement du "sucre du pays".
Le 25 novembre (ou lorsque
tombait la première "bordée de neige" de la Sainte-Catherine),
était une occasion de réjouissances. On profitait
de l'occasion pour taquiner la "vieille fille"
de la famille. Jadis, toute femme de 25 ans et
plus qui n'était pas encore mariée était considérée
comme une vieille fille.
La mère de la vieille fille lui faisait porter
un bonnet blanc pour signifier au village son
statut de vieille fille. Cette tradition provient
de Normandie où l'on coiffait jadis la statue
de Sainte-Catherine (patronne des filles célibataires)
d'un bonnet blanc tous les 25 novembre.
On confectionnait également, au bonheur des petits
enfants, la fameuse tire de la Sainte-Catherine
(sucrerie à base de mélasse), recette qui, à ce
qu'on raconte, aurait été inventée par nulle autre
que Marguerite Bourgeoys elle-même, fondatrice
de la première école de Ville-Marie (Montréal).
Il n'existe pas de statistiques sur le taux de
réussite de la manœuvre.
La tradition du poisson d'avril
prend son origine en 1564, année où le roi de
France, Charles IX, décréta que la célébration
de la nouvelle année devait passer du premier
avril au premier janvier. Pour se moquer des gens
mécontents de ce changement, on commença à leur
offrir des simulacres de cadeaux.
Ce sont ces farces qu'on baptisa "poissons d'avril"
parce qu'avril marquait également l'ouverture
de la pêche. Au Québec, la vieille tradition française
prit des proportions inégalées. Les gens passaient
parfois des semaines à préparer des blagues et
des farces pour attraper leur famille, leurs amis,
le curé ou le député.
Certains journaux se mirent aussi de la partie
en mettant sur pied des "collections de noyaux
de pêche pour le reboisement du Sahara"
ou encore en annonçant "la découverte
d'un arbre capable de produire des spaghettis".
Les enfants s'en donnent encore à cœur
joie le premier avril, en collant des poissons
en papier dans le dos de leurs camarades, et dans
celui de leur professeur.
Les fréquentations entre
jeunes gens se faisaient la plupart du temps sur
le balcon de la famille de la jeune fille, à portée
d'oreille des parents de celle-ci.
Le garçon venait voir sa blonde vers sept heures
après sa journée de travail pour repartir vers
neuf ou dix heures, un peu pressé par le père
de mademoiselle! Puis le grand jour venait ou
le jeune homme, prenant son courage à deux mains,
faisait la demande.
La Petite demande se faisait soit à la jeune
fille, soit à sa mère. Elle était importante mais
tout de même assez informelle.
C'est la Grande demande qui réclamait costume
du dimanche et entrevue privée avec le père de
la dulcinée.
Si l'on pouvait voyager dans
le temps pour aller faire une promenade dans le
Québec de nos ancêtres, on se surprendrait immédiatement
du grand nombre de croix plantées le long des
routes et des rangs de la province.
En 1900, on dénombrait encore environ 200 de
ces "croix de chemin" sur l'île de Montréal seulement.
Lorsqu'on passait jadis devant une de ces croix,
on prenait toujours le temps de s'arrêter et d'enlever
son chapeau pour prononcer une courte prière.
Voilà une coutume
qui faisait bien le bonheur des uns aux dépens
des autres.
En effet, lors d'un mariage où les âges des conjoints
étaient trop différents, ou que le mariage était
jugé trop intéressé ou encore qu'un veuf ou une
veuve manifestait une hâte un peu trop évidente
à se remarier, les voisins du nouveau couple ne
tardaient pas à manifester leur désapprobation.
On se réunissait devant la maison des nouveaux
mariés, le soir des noces autant que possible,
munis de toutes sortes d'instruments susceptibles
de mener le plus de vacarme possible. Puis, à
l'aide de leurs casseroles, cornets, grelots et
trompettes, on faisait la fête, on chantait et
on dansait jusqu'aux petites heures de la nuit.
Pas très romantique!
Le charivari était tradition également
dans d'autres situations. Par exemple, lorsqu'un
candidat était défait aux élections,
les membres du parti adverse gagnant lui réservaient
souvent un charivari.
Tous les dimanches du mois
de novembre, sur le parvis de l'église du village,
on procédait à la criée pour les âmes. Il s'agissait
d'une vente aux enchères qu'on disait "pour les
âmes du purgatoire".
La veille du premier janvier,
les festivités commençaient. Tout
d'abord, on avait le réveillon où
la famille se retrouvait autour d'une table pour
manger, jaser et rire. Rôti et ragoût
de porc, fèves au lard, tourtière
et beignes étaient les mets prisés
pour l'occasion de cette froide nuit d'hiver.
Une fois la panse bien remplie, c'était
le temps de fêter.
On dansait et chantait au son des reels, des
cotillons, gigues et des chansons à répondre du
violoneux. La fête se terminait aux petites heures
du matin. Une des traditions les plus importantes
lors de ces occasions était sans aucun doute la
bénédiction paternelle.
À cette occasion, le patriarche de la
famille bénissait ses enfants et petits-enfants
agenouillés devant lui. Cette tradition
remplie de symbolisme s'est perpétuée
jusqu'à tout récemment.
Plusieurs connaissent encore
cette tradition qui voulait qu'au souper des rois,
la maîtresse de maison cache dans un gâteau un
pois et une fève. Lors de la dégustation, celui
qui trouvait le pois était fait roi et celle qui
trouvait la fève devenait reine de la soirée.
Entre les rois et le carême
s'étendait la période du carnaval. Il ne s'agissait
pas d'un carnaval organisé par les autorités comme
c'est le cas de nos jours, mais d'un événement
entièrement populaire.
Le soir du Mardi-Gras, les carnavaleux s'en donnaient
à cœur joie. Vêtus de vieilles hardes rapiécées,
on allait de maison en maison en traîneau à bâtons
pour y boire, manger, danser et bien sûr se réchauffer
un peu. Par la même occasion, les carnavaleux
récoltaient des victuailles pour les familles
pauvres de la paroisse.
Depuis les débuts de la Nouvelle-France,
les Habitants s'adonnaient à une pratique qui
a survécu jusqu'à nos jours; les feux de joie
de la Saint-Jean-Baptiste.
Lorsque les ancêtres s'étaient
donné un tour de rein, foulé un pied ou cassé
un bras, ils faisaient appel aux services du ramancheur
(ou rebouteur) du canton. À l'époque, on était
ramancheur de père en fils. Il s'agissait d'un
spécialiste des massages musculaires capable également
de replacer les différents os du corps.
Un bon ramancheur n'avait besoin que d'un seul
outil: ses mains. Les gens de l'époque n'hésitaient
pas à affirmer que cet homme avait le miracle
au bout des doigts. Il était aussi capable, lorsque
c'était nécessaire, de confectionner un plâtre
ou une paire de béquilles. Tout bon ramancheur
qui se respecte n'exigeait jamais de paiement.
Les gens se montraient toutefois généreux à son
égard, le récompensant en argent lorsque possible
et en nature (animaux ou nourriture) lorsqu'ils
étaient trop pauvres.
Le métier de ramancheur disparut avec l'apparition
de la médecine moderne ainsi que la menace d'amendes
et d'emprisonnement pour "pratique illégale".
Cette ancienne tradition
catholique qui trouve ses origines dans le Moyen-Âge
traversa l'Atlantique avec les premiers colons
français qui vinrent s'établir en Amérique. Le
but de la célébration était de briser les 40 jours
de privation et de jeûne qui précèdent Pâques.
On profitait alors de ce répit pour fêter, danser,
festoyer et boire.
Chez nous, la fête prit une autre tournure. À
chaque année, les hommes se déguisaient et allaient
de maison en maison pour s'amuser et jouer des
tours à leurs voisins. Malheureusement, dans les
années 1920, cette tradition rurale fut largement
abandonnée au Québec parce que dénoncée par l'Église
catholique comme étant une célébration païenne.
Mais elle persiste encore aujourd'hui dans quatre
villages francophones relativement isolés: Natashquan
(sur la rive nord), Fatima (aux Îles-de-la-Madeleine),
Chéticamp (en Acadie, Nouvelle-Écosse) et surtout
à Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues (situé 55
km à l'est de Québec). Les costumes que les villageois
portent à cette occasion sont maintenant superbes
et d'un faste surprenant.
Une autre tradition qui s'est
perpétuée jusqu'à nos jours
est la fameuse épluchette de blé
d'inde. À l'époque, l'épluchette
était une corvée qui se répétait
dans différentes familles du canton et
qui réunissait voisins, familles et amis
au début de l'automne.
La corvée servait bien sûr de prétexte à des
réjouissances. Dans les épis jusqu'aux genoux,
on épluchait en groupe et dans une atmosphère
de fête les réserves de maïs d'une famille avant
la tombée de l'hiver.
Les jeunes gens aimaient particulièrement l'événement
parce que la découverte d'un épi rouge leur donnait
droit à un baiser de leur belle.
À toutes ces traditions
s'ajoute un répertoire impressionnant de
contes et de légendes mettant en scène
des êtres extraordinaires tels que diables,
lutins, fantômes, et loups-garous. À
noter, que la plus célèbre légende
québécoise se nomme la Chasse-Galerie.